Le #blog de mes ancêtres

Avec un peu et généalogie et d'histoire locale dedans

Le fils du zingueur

Louis Charles est un jeune homme de 18 ans né le 1er octobre 1880 à Reims (Marne). Il est le fils légitime de Charles Auguste BALTAZART, ouvrier zingueur chez BRUGNON à Epernay, et de son épouse Marie Joseph DEHU. Comme pour beaucoup de gosses de cette fin de XIXe siècle, l’école a été une option. Il a vite fallu devenir un adulte et travailler pour subvenir aux besoins de la famille. C’est ainsi que Louis travaille successivement chez le pharmacien LEJEUNE, puis chez l’entrepreneur PARMENTIER.

Un fils tabassé par son père

Son destin bascule la nuit du 20 au 21 février 1898 dans la maison familiale de la rue des Onze Maisons, à Reims. La presse de l’époque nous raconte que ce soir-là, Charles Auguste, son père, rentre ivre au domicile. Il trouve son fils, Louis Charles, couché sur un matelas avec André REISEN, son cousin âgé de 17 ans. Charles Auguste devient fou, comme animé par une rage incontrôlable. Il commence par deux coups de pied à destination d’André, qui se cache dans la cheminée. Son fils devient sa deuxième victime, et reçoit des coups dans l’aine et dans les « parties sexuelles » (sic). Les coups sont d’une violence telle, qu’ils coupent la respiration de la jeune victime.

Le lendemain, Louis se plaint de violentes douleurs dans le bas-ventre et dans la poitrine. Plus les semaines passent, plus sa santé décline. Il finit par tomber malade, et par décéder à l’Hôtel-Dieu de Reims le 13 mai 1898, « suite à une cirrhose atrophique du foie causée par les violences dont il avait été victime, et les coups au scrotum et au bas-ventre ».

L'Hôtel-Dieu de Reims sur une carte postale ancienne
L’Hôtel-Dieu de Reims
(source : Archives Municipales de Reims)

Un homme violent avec sa famille

Charles Auguste BALTAZART n’en est malheureusement pas à son premier coup d’essai. Depuis une dizaine d’années, il enchaîne les violences sur ses proches. En 1885, par exemple, il est poursuivi pour coups et blessures sur Marie Joseph DEHU, son épouse depuis 1882. Dix ans plus tard, en avril 1895, il est cette fois poursuivi pour ivresse, outrage à un agent ainsi que pour coups sur Marie WEBERT, une femme d’origine belge qu’il a épousée en 1886 (sa première épouse est décédée en décembre 1885). Un samedi soir de mai 1895, il viole Marie Thérèse, sa fille ainée, âgée de 17 ans. La même année, il est condamné à 10 jours de prison.

Il se raconte aussi que quand Marie WEBERT, sa seconde épouse, quitte le domicile conjugal en octobre 1897, Charles Auguste aurait mis le feu à un matelas pour obliger sa cadette, Marie Joseph, à partager le sien, seul restant, et ainsi tenter de la violer.

Le bagne comme punition ultime

Le 6 août 1898, Charles Auguste BALTAZART est condamné par la cour d’assises de la Marne à la peine des travaux forcés à perpétuité, et est déchu de la jouissance paternelle, aux motifs de tentative de viol sur sa fille, et coups volontaires sur son fils. Il embarque le 6 décembre sur « La Calédonie » à destination de la Guyane, où on dit de lui qu’il avait une « bonne conduite ». Il n’en reviendra jamais : il est décédé le 10 avril 1907 à Saint-Laurent-du-Maroni.

Départ de Forçats pour la Guyane , la Sortie du Bagne à Saint-Martin-de-Ré
Départ de forçats pour la Guyane
(source : Delcampe)

(Sources: Archives départementales de la Marne, Archives municipales de Reims, Archives nationales de l’Outre-Mer, L’indépendant rémois du 25 avril 1895 et du 7 aout 1898, Le Petit Troyen du 9 aout 1898 et Les derniers voyages de forçats et de voiliers en Guyane par Louis Lacroix)

Il y a 2 Commentaire(s)

  • J’ai trouvé un lointain collatéral condamné au bagne pour le même genre de violences, sur sa petite sœur… Il est mort là-bas aussi. Ce sont de tristes vies.

  • Rien n’a vraiment changé. La nature humaine est plus indomptable que la civilisation, hélas

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